Free party géante près de Bourges sur un champ de tir militaire
Une free party rassemblant environ 20.000 fêtards a débuté vendredi sur un terrain militaire près de Bourges, présenté comme "très dangereux" par les autorités, dans un contexte de durcissement législatif contre ces rassemblements techno illégaux.
"C'est un moyen de démontrer que les participants sont mobilisés et continueront à venir, quoi qu'il arrive, continueront de contester ces lois", a affirmé à un journaliste de l'AFP Franck, membre du collectif Tekno Anti Rep (pour anti-répression), présent sur place et qui a souhaité comme la plupart des autres participants interrogés garder l'anonymat.
En milieu d'après-midi, la préfecture du Cher avait dénombré plus de 2.000 véhicules sur le Polygone, un champ de tir de la Délégation générale à l'armement entre Bourges et Cornusse, dont toutes les voies d'accès étaient saturées.
Les organisateurs attendent 30.000 participants au plus fort de l'événement ce weekend, venant de France et de pays voisins.
"Malgré son caractère illégal, l'Etat s'est mobilisé pour assurer la sécurité de cette manifestation et en limiter les nuisances, notamment pour les habitants environnants", souligne la préfecture dans un communiqué.
Quarante-cinq pompiers et 30 secouristes de la protection civile resteront ainsi postés "au plus proche du site" pendant toute la durée de l'événement.
"Même si c'est fait illégalement, c'est quand même bien fait", juge Johade, venu d'Avignon. "Même si on va piétiner quelques champs et faire du bruit pendant quelque temps, on rend l'endroit propre et il y a des stands de RDR", la réduction des risques liés à l'alcool, aux drogues et aux conduites à risque.
Dans l'après-midi, le dispositif de sécurité a été augmenté de 350 à 600 gendarmes, répartis sur 14 points de contrôle en périphérie de la zone, où les premiers teufeurs sont arrivés tôt vendredi matin.
- Charges d'artillerie anciennes -
Les participants sont installés sur un terrain "très dangereux en raison des munitions non explosées qu'il peut contenir", a assuré à l'AFP le préfet du Cher, Philippe Le Moing Surzur.
Les "obus modernes" ne posent pas problème car "c'est nettoyé après chaque campagne de tir". "Par contre, c'est un site qui est utilisé depuis 150 ans et on sait qu'il y a potentiellement des charges d'artillerie anciennes. Les démineurs de la DGA en découvrent très régulièrement", souligne-t-il.
Le préfet demande aux participants d'"impérativement éviter les zones boisées proches du lieu de l'évenement", qui sont "à risque élevé".
Sur leurs réseaux sociaux, les organisateurs du Teknival de Bourges ont diffusé des pictogrammes appelant les teufeurs à ne pas faire de feu, ne pas creuser et ne pas ramasser d'objets, relayant ainsi les mises en garde des autorités.
Le polygone de tir de la DGA occupe une surface de 10.000 hectares sur une douzaine de communes. Il est traversé par des routes qui sont fermées par des barrières lors des essais mais sont accessibles au public le reste du temps.
Des panneaux interdisent l'accès au terrain lui-même mais il n'est pas clôturé.
- Proposition de loi contestée -
Dans un communiqué diffusé sur les réseaux sociaux, présenté sous la forme d'un faux arrêté préfectoral, les organisateurs expliquent vouloir protester notamment contre la proposition de loi 1133 qui veut renforcer la pénalisation des rave-parties non déclarées ou interdites.
Ce texte porté par la députée Horizons Laetitia Saint-Paul, ancienne officier de l'armée, prévoit une peine de six mois d'emprisonnement et de 30.000 euros d'amende pour sanctionner "le fait de contribuer de manière directe ou indirecte à la préparation, à la mise en place ou au bon déroulement" d'une rave-party non déclarée ou interdite.
La participation à l'organisation de l'événement y est définie de manière très large, y compris la "diffusion des informations pratiques".
Actuellement, les organisateurs s'exposent à une contravention de 1.500 euros, mais il n'existe pas d'infraction spécifique sanctionnant la participation.
"Je trouve cela honteux: c'est criminaliser une culture et quelque chose qui ne fait de mal à personne, comme si on tuait des gens", s'indigne Sara, participante venue d'Espagne pour le Teknival.
Les free parties (fêtes libres) sont des rassemblements techno qui prônent un accès gratuit ou sur donation libre.
Non déclarées, elles se caractérisent par leur illégalité et sont souvent confondues avec les rave-parties, qui désignent désormais plutôt des fêtes déclarées, avec billetterie.
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(F.A.Hlatshwayo--TPT)