The Peninsula Times - Des Turcs s'offrent une escapade européenne sur des îles grecques

Johannesburg -
Des Turcs s'offrent une escapade européenne sur des îles grecques
Des Turcs s'offrent une escapade européenne sur des îles grecques / Photo: Sakis Mitrolidis - AFP

Des Turcs s'offrent une escapade européenne sur des îles grecques

Sur le port de l'île grecque de Samos, Ikra Altumsek, étudiante d'Izmir, attend le ferry qui la ramènera sur la côte juste en face, en Turquie, après son premier voyage à l'étranger.

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"Samos était l’endroit idéal pour commencer!", se félicite cette jeune Turque de 21 ans, originaire de la troisième ville du pays et venue séjourner à Samos avec sa mère.

Pour le troisième été consécutif, de nombreux Turcs profitent d'une procédure simplifiée pour l'obtention d'un visa de courte durée qui leur permet de séjourner sur certaines îles grecques de la mer Egée.

Des bateaux battant pavillon turc assurent plusieurs fois par jour, surtout en été, la liaison entre Samos et le port turc de Kusadasi, à seulement 17 milles nautiques.

De nombreux restaurants affichent leur carte en turc devant l'entrée de leur établissement tandis que familles turques avec enfants dans les poussettes et jeunes se pressent sur le port.

"La nourriture est délicieuse. J’ai un fils de 17 ans qui ne cesse de me demander : +Maman, quand est-ce qu’on va manger en Grèce?+", s'enthousiasme Nevin Cagliguney, 51 ans.

Avec ses eaux turquoises, des criques tranquilles, des villages traditionnels et des tavernes au bord de la mer, Samos présente tous les atouts typiques des îles grecques prisées des touristes étrangers.

Habitée depuis l'Antiquité, elle est également l'île natale du philosophe et mathématicien grec Pythagore.

– Visa à l'arrivée -

Connu en Turquie sous le nom de "Kapı vizesi" (visa de la porte), ce visa est délivré aux Turcs à l’arrivée sur l'île et leur permet de séjourner au maximum sept jours s'ils ne disposent pas d'un visa Schengen.

Le programme, lancé en avril 2024 par la Grèce, pays membre de l'espace Schengen, concernait 10 îles grecques avant d'être étendu à douze. Parmi elles, les touristiques Rhodes et Kos.

Sa durée ne peut pas être prolongée et il ne permet pas de voyager vers la Grèce continentale ou vers le reste de l'espace européen de libre circulation.

"Obtenir un visa Schengen devient de plus en plus difficile pour les Turcs mais ce système nous permet de visiter des îles grecques facilement", explique Emirhan Gurses, étudiant de 21 ans originaire de Manisa (ouest de la Turquie).

Selon la Banque de Grèce, près de 1,5 million de Turcs se sont rendus en Grèce en 2025, contre 1,2 million en 2024.

D’après les agences de voyage turques, la plupart d’entre eux l'ont fait via ce programme de visas.

Se rendre en Grèce est également devenu avantageux pour de nombreux Turcs qui subissent une forte inflation, rendant les vacances dans leur pays de plus en plus coûteuses.

Rivaux régionaux mais alliés au sein de l'Otan, la Grèce et la Turquie entretiennent des relations souvent acrimonieuses en raison de conflits territoriaux.

Mais le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis a jugé ce programme approuvé par la Commission européenne "particulièrement réussi".

Athènes et Ankara souhaitent d'ailleurs le voir prolongé en 2027.

"Des centaines de milliers d’amis turcs ont voyagé vers les îles grecques rapprochant ainsi davantage nos peuples", s'est-il félicité en février aux côtés du président turc Recep Tayyip Erdogan.

- 'Un soutien important' -

De nombreux Turcs qui déposent des demandes de visa Schengen sont confrontés à de longs délais d'attente car la demande de voyages vers l’Europe a dépassé les capacités de traitement dans de nombreux consulats.

Pour le guide touristique Mikail Esabalioglu, résident grec de Samos et originaire d’Istanbul, les Turcs représentent une manne financière de plus en plus importante pour l’économie touristique de l'île.

Mais "les visiteurs doivent parfois attendre longtemps à l'arrivée pour obtenir le visa" express, déplore-t-il.

Pour le chef d’entreprise Giannis Kagias, l'afflux de touristes turcs fait "une grande différence" pour les revenus de l’île.

"Nos amis turcs nous apportent un soutien (financier) important", martèle-t-il.

Cet afflux permet également un rapprochement de deux peuples qui ont partagé des siècles d'Histoire, affirme Selim Zuberi, consultant de 38 ans originaire de Mersin (dans le sud de la Turquie).

"On découvre nos cultures respectives", lance-t-il.

"L'histoire a connu des conflits mais nous ne devrions pas porter ce fardeau éternellement", estime-t-il.

(M.VanZyl--TPT)