Les marchés mondiaux sous pression face à la hausse des taux et du pétrole
Les marchés mondiaux marquent le pas jeudi, entre la flambée des taux d'intérêt sur les marchés obligataires, la remontée des prix du pétrole et les craintes d'un resserrement monétaire prolongé, poussant les Bourses dans le rouge.
"Il n'y a pas de direction claire pour les marchés", résume Kathleen Brooks pour XTB.
"Sommes-nous en pleine crise obligataire ou non ? La guerre avec l'Iran s'aggrave-t-elle ou la situation s'améliore-t-elle ? Des volumes suffisants de pétrole passent-ils par le détroit d'Hormuz, et l'Ukraine va-t-elle continuer à viser les infrastructures de raffinage russes ?", s'interroge-t-elle.
Le rendement de l'obligation d'État japonaise de référence à échéance 10 ans a frôlé jeudi les 3,08%, à son plus haut niveau depuis 30 ans, dans le sillage du marché des bons du Trésor américain à 30 ans (5,39%) qui a atteint un sommet depuis 2004.
Celui des bons du Trésor américain à dix ans évolue au plus haut depuis 2007, autour de 5,09%.
Le rendement de l'emprunt allemand à 10 ans s'établissait à 3,56% vers 14H00 GMT, contre 3,55% la veille, et son équivalent français évoluait à 4,66%, contre 4,65% mercredi soir.
"Le marché obligataire intègre actuellement plusieurs facteurs à la fois", détaille Rob Dishner, gérant de portefeuille chez Neuberger Berman.
"D'un côté, les prix du pétrole restent durablement élevés. De l'autre, le scénario de croissance évolue : celle-ci est désormais perçue comme stable, voire plus solide, jusqu'à preuve du contraire", ajoute-t-il. "Les inquiétudes liées aux politiques budgétaires continuent également de peser sur les marchés de taux".
Car les taux reflètent les risques d'inflation et de dérapages budgétaires, mais aussi les niveaux d'activité économique, qui se maintiennent envers et contre tout.
En Allemagne, les principaux instituts économiques ont rehaussé jeudi leur prévision de croissance à 1,3% pour 2026, grâce à l'embellie des exportations et de l'industrie, mais mettent en garde contre des problèmes structurels persistants.
"L'économie s'est développée de manière plus robuste que prévu" au premier semestre malgré la guerre au Moyen-Orient, relèvent-ils dans un communiqué commun.
Aux Etats-Unis, l'activité du secteur privé a enregistré en septembre sa plus forte croissance depuis 2021 aux États-Unis, selon l'indice PMI Flash publié mercredi par S&P Global.
- Le pétrole poursuit sa hausse -
Après avoir terminé en nette hausse de près de 4% la veille, le Brent de la mer du Nord, référence mondiale du pétrole, prenait encore 2,11%, à 105,26 dollars le baril, vers 14H00 GMT. Son équivalent américain, le WTI, montait de 1,92%, à 93,93 dollars le baril.
Le blocage du détroit d'Ormuz et le conflit entre les rebelles Houthis du Yémen et l'Arabie saoudite continuent de limiter la capacité d'exportation des pays du Golfe et de renchérir les coûts du transport maritime dans la région.
Les investisseurs "attendent des avancées concernant la remise en service du pipeline Est-Ouest de l'Arabie saoudite, endommagé et constituant une voie essentielle pour contourner Ormuz et exporter du pétrole brut via la mer Rouge", explique Soojin Kim, analyste de MUFG.
Un conseiller du guide suprême iranien Mojtaba Khamenei a mis en garde jeudi contre une extension de la guerre "jusqu'à l'océan Indien" en cas de nouvelle attaque des États-Unis contre l'Iran.
- Les Bourses dans le rouge -
Face à la remontée des taux souverains, et face à des prix du pétrole évoluant à des niveaux plus élevés et aux anticipations de resserrement monétaire, les marchés encaissaient des "sell-off" (mouvements de vente) jeudi.
La Bourse de New York a ouvert dans le rouge jeudi. Dans les premiers échanges, l'indice Nasdaq perdait 0,65%, le Dow Jones reculait de 0,48% et l'indice élargi S&P 500 lâchait 0,39%.
En Europe vers 12H00 GMT, la Bourse de Paris reculait de 0,36% et Milan perdait 0,25%.
Indifférente aux bonnes perspectives de l'économie allemande, Francfort lâchait 0,15% "sous le poids de l'incertitude politique" et "sous le contrecoup de l'avertissement sur résultats de Volkswagen" (-2,77%) la semaine dernière, observe Jochen Stanzl.
Seule Londres prenait 0,26%, soutenue par les pétrolières BP (+1,70%) et Shell (+1,33%).
(M.Coetzee--TPT)