The Peninsula Times - En Ukraine, faire rouler les trains, nerf de la guerre

Johannesburg -
En Ukraine, faire rouler les trains, nerf de la guerre
En Ukraine, faire rouler les trains, nerf de la guerre / Photo: SERGEY BOBOK - AFP

En Ukraine, faire rouler les trains, nerf de la guerre

"Aujourd'hui en Ukraine, c'est dur pour nous de travailler, mais on travaille". Oleksandr Pokotylo répare des locomotives. Tâche éreintante dans un pays où les trains sont de plus en plus systématiquement visés et détruits par des attaques russes.

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Depuis l'invasion russe de février 2022, les missiles et drones russes ont "détruit au moins 500 locomotives en Ukraine", dit le chef ingénieur des ateliers de maintenance de locomotives de Poltava, dans le centre-est du pays, interviewé par l'AFP au salon ferroviaire Innotrans de Berlin la semaine passée.

Selon le PDG des chemins de fer ukrainiens Oleksandr Pertsovkyi qui a dénoncé mi-septembre une "campagne de frappes pratiquement ininterrompue contre le réseau ferroviaire", plus de 300 locomotives ont été touchées par les Russes rien que cette année.

Faute de liaisons aériennes, à l'arrêt depuis le début de la guerre, le train est un maillon essentiel en Ukraine, utilisé tant par les civils et les diplomates étrangers que par les soldats, pour déplacer du matériel militaire et des cargaisons de marchandises.

Derrière Oleksandr Pokotylo, les prospectus de sa société PTRZ affichent des rangées de pimpantes locomotives aux couleurs bleue et jaune du drapeau ukrainien.

Le "déficit de locomotives", surtout de fret, est l'un des "plus gros problèmes du pays", résume-t-il. Pas de locomotive, pas de train, pas de commerce, pas de vie.

- 55 locomotives commandées à Alstom -

Quelque 55 locomotives neuves, financées par la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) et la Banque mondiale (BM) doivent bien être livrées à l'Ukraine par le constructeur français Alstom, mais pas avant 2027.

Le président d'Alstom France Frédéric Wiscart, également interviewé au salon Innotrans, confirme à l'AFP que les Traxx Hauler dédiées au fret sont actuellement en cours de montage à l'usine de Belfort (est de la France). "La fabrication a commencé en 2025", dit-il.

En attendant ces livraisons vitales pour l'économie ukrainienne, il faut faire preuve de créativité mécanique dans les ateliers et sur les voies ferrées pour faire rouler des trains sous les drones et les missiles.

"Nous sommes en train d'essayer de remettre en marche les locomotives les plus anciennes, juste pour maintenir" le système ferroviaire en état de marche, explique Oleksandr Pokotylo. Mais chaque locomotive endommagée demande des pièces qu'il est de plus en plus difficile de trouver.

A côté de lui, sur le stand où sont rassemblées les entreprises ukrainiennes du ferroviaire exposant à Berlin, Anna Shevtsiv, directrice générale de l'équipementier Striy Avto basé à Lviv et Stryi, explique qu'à l'ouest du pays "la vie continue".

Ses 250 salariés produisent des sièges de trains et des tampons d'attelage pour wagons. L'entreprise familiale équipe la plupart des wagons du pays en répondant à des appels d'offres lancés par les chemins de fer ukrainiens.

Dans un cahier posé devant elle, Anna Shevtsiv agrafe des cartes de visite: tous les contacts glanés durant le salon, acheteurs lettons, polonais, et même un entrepreneur américain de Pennsylvanie qui veut se fournir en sièges de trains auprès de sa société.

Ses deux usines se sont équipées de groupes électrogènes de taille industrielle. "Nous travaillons même lorsqu'il y a des coupures d'électricité", dit-elle. "Nous sommes fiables, nous pouvons livrer à l'heure".

- "C'est notre vie, la guerre" -

Même résilience chez Mariia Moroz, qui remue ciel et terre pour essayer de sauver l'industrie ferroviaire de sa ville natale, Kharkiv, située à moins de 30 kilomètres de la frontière russe.

L'association de 26 équipementiers pour laquelle elle travaille a pour objectif de "construire une usine souterraine", à l'épreuve des drones et des missiles qui pleuvent régulièrement sur la ville.

"Nous avons déjà des écoles souterraines, pourquoi pas une usine ?" dit-elle. Cela permettrait de maintenir les emplois sur place et de soutenir l'économie locale.

L'association n'a réalisé à ce jour que dix pour cent de son projet, grâce notamment à un financement venu de Norvège. "Il nous manque des fonds, mais j'y crois", dit-elle, calculant pouvoir "y arriver d'ici à dix ans". "La guerre nous transforme, nous inventons des technologies, des idées. On ne doit pas avoir peur, c'est notre vie la guerre maintenant".

(F.Dlamini--TPT)