Dangote pose au Kenya la première pierre de sa seconde mégaraffinerie en Afrique
La mégaraffinerie dont le groupe nigérian Dangote a posé mercredi la première pierre à Lamu, sur la côte du Kenya, ouvrira un "nouveau chapitre dans l'industrialisation de l'Afrique", a estimé son fondateur et PDG Aliko Dangote durant la cérémonie.
Les travaux de cette future raffinerie kényane, d'une capacité annoncée de 700.000 barils par jour, devraient durer 30 à 40 mois pour un coût d'environ 16 milliards de dollars (14 milliards d'euros), selon le groupe Dangote. Son fondateur la décrit aussi comme un pas supplémentaire vers l'autosuffisance du continent africain.
L'Afrique produit plusieurs millions de barils de pétrole brut par jour, mais importe 70% des carburants qu'elle consomme, selon l'Africa Finance Corporation (AFC). Cette institution financière panafricaine avertit que la dépendance africaine aux importations de carburants est vouée à s'accentuer.
Le groupe Dangote a déjà mis en service en 2024 au Nigeria la raffinerie de loin la plus productive d'Afrique, d'une capacité de 650.000 barils par jour, qu'il envisage de porter à 1,4 million d'ici 2028, ce qui en ferait la plus importante au monde.
La cérémonie organisée mercredi sur le port en eaux profondes de Lamu, inauguré en 2012 et à proximité duquel sera bâtie la raffinerie, a réuni notamment le président kényan William Ruto, son homologue ougandais Yoweri Museveni, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, ainsi que les chefs d'État du Bénin Romuald Wadagni et du Togo Jean-Lucien Savi de Tové.
- "Maux de tête" -
"Aujourd'hui, l'Afrique est rassemblée ici à Lamu (...) Nous sommes unis par une conviction: l'Afrique doit industrialiser l'Afrique", a déclaré M. Dangote dans un discours.
"Pendant trop longtemps, notre continent a en réalité été riche en ressources mais pauvre en création de valeur", a-t-il souligné. "L'Afrique ne peut bâtir une prospérité durable en exportant ce qu'elle a et en important ce dont elle a besoin".
Le comté de Lamu, bordant l'océan Indien, est surtout connu jusqu'ici pour son archipel de plusieurs petites îles.
L'île de Lamu abrite la vieille ville du même nom, construite au XIIe siècle en roche corallienne et en bois de palétuvier. Elle a été inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (Unesco), qui la décrit comme "le plus ancien et le mieux préservé des lieux de peuplement swahilis en Afrique de l'Est".
Le projet de raffinerie kényane est contesté en justice par des familles locales s'estimant spoliées de leurs terres - un tribunal rendra sa décision lundi - et critiqué par les défenseurs de l'environnement, dont l'ONG Greenpeace qui estime qu'il "menace un écosystème fragile".
Considéré comme l'homme le plus riche d'Afrique, M. Dangote a assuré mercredi n'être pas "effrayé" par ceux qui le traînent devant les tribunaux, leur promettant "des maux de tête".
Faisant lui aussi un discours mercredi, William Ruto, le président kényan, a promis aux habitants de Lamu que leurs inquiétudes foncières et environnementales seraient "prises en compte".
- Concurrence régionale -
Si le Nigeria est l'un des principaux producteurs africains de brut, les observateurs s'interrogent sur l'origine du pétrole qui alimentera la future raffinerie kényane, alors que les pays alentour vont sous peu commencer à exploiter leurs réserves.
M. Dangote a répondu mardi à des journalistes: le brut proviendra d'abord de plusieurs zones hors d'Afrique et quand des pays tels que le Kenya, la Tanzanie et le Mozambique produiront en quantité, ils disposeront alors d'une raffinerie opérationnelle.
Celle-ci "ne sera pas au seul service du Kenya, mais plus largement de la région Afrique de l'Est", a assuré M. Ruto, dont le pays prévoit d'extraire ses premiers barils début 2027 en quantité d'abord limitée.
Des projets concurrents existent chez ses voisins.
M. Museveni - dont le pays extraira ses premiers barils d’ici la fin de l'année - a confirmé la future construction en Ouganda d'une "petite raffinerie" d'une capacité de 60.000 barils par jour. "C'est prévu depuis longtemps. On ne peut pas changer cela", a-t-il expliqué à Lamu, notant que l'Afrique a de toute façon besoin "de plus de deux ou trois raffineries".
L'Ouganda a aussi signé début août avec la Tanzanie et le groupe de courtage pétrolier Vitol un protocole d'accord pour la construction d'une vaste infrastructure - raffinerie et stockage - sur la côte tanzanienne - lieu un temps envisagé par le groupe Dangote - dont les détails sont encore largement flous.
(P.Ngobeni--TPT)