Consigne sur les bouteilles en plastique: Macron demande au gouvernement d'engager une concertation
Pour réduire l'usage du plastique, le président recycle l'idée de la consigne: Emmanuel Macron a demandé mardi au gouvernement d'engager une concertation sur la consigne pour les bouteilles, une proposition contre laquelle les collectivités locales sont vent debout.
"Je pense qu'il faut maintenant bouger. La consigne pourra faire partie des leviers d'action étudiés. Je demande au gouvernement, sous l'autorité du Premier ministre, d'engager les concertations pour définir les actions concrètes qui nous permettront d'atteindre l'objectif de recyclage en 2030", a affirmé le chef de l'Etat au début d'un conseil de planification écologique à Paris.
L'option d'instaurer une consigne sur les bouteilles de plastique et les canettes d'aluminium, un débat engagé depuis une dizaine d'années, avait déjà ressurgi l'an dernier par la voix du chef de l'Etat, mais n'avait finalement pas fait partie d'un plan contre la pollution plastique, à l'occasion d'un sommet de l'ONU sur les océans à Nice.
Concrètement, la consigne sur les bouteilles en plastique consisterait à installer des bacs dans les supermarchés afin de récupérer les bouteilles usagées, les consommateurs pouvant ainsi être rétribués de quelques centimes en échange.
La consigne sur le plastique existe déjà mais à une échelle réduite, et les consommateurs bénéficient généralement de bons d'achats en échange de leurs bouteilles.
- 1,5 milliard d'euros d'amende -
"Je rappelle qu'aujourd'hui, nous payons un milliard et demi d'euros parce qu'on ne respecte pas les normes européennes sur la consigne. Alors, s'il y a des ministères qui ont un milliard et demi d'euros en trop, il faut tout de suite le signaler", a lancé le président français mardi à la porte de Versailles où se tient le salon de l'économie circulaire REuse Economy Expo.
En 2024, 23,1% des déchets plastiques français collectés étaient recyclés, 49,2% incinérés, 27,6% mis en décharge. Des statistiques qui la placent au 17e rang européen, loin des plus de 40% de déchets plastiques recyclés par l'Espagne ou la Belgique, selon Plastics Europe, une association représentant les producteurs de 90% de tous les polymères produits dans l'UE, plus la Norvège, la Suisse et la Turquie.
Dès lundi, les associations d'élus ont fait part de leur opposition à toute proposition allant dans le sens de la consigne, qui les priverait d'une manne financière conséquente qu'elles tirent de la revente de plastique collecté dans les centres de tri.
"On va se battre", a réagi auprès de l'AFP Jean-François Vigier, vice-président de l'Association des maires de France (AMF), coprésident de sa commission transition écologique, et maire de Bures-sur-Yvette. "S'il y a une concertation, on va y participer en rappelant tous nos arguments. On est persuadé que ce n'est pas la bonne solution", a-t-il ajouté.
"Les associations nationales d'élus maintiennent leur opposition totale et leur mobilisation face à cette +fausse consigne+ des bouteilles en plastique et tiennent à rappeler l'aberration environnementale et financière de ce projet", ont aussi écrit l'AMF, France urbaine et Intercommunalités de France, dans un communiqué commun mardi.
L'intérêt de cette consigne serait de favoriser le recyclage et le réemploi, a aussi précisé l'Elysée à l'AFP.
Le président a dit mardi qu'il fallait "continuer à avancer sur ces sujets d'écoconception et de réemploi, en particulier sur le plastique, en accompagnant les collectivités qui souhaitent s'engager pour permettre l'atteinte de nos obligations européennes".
"On ne demande pas à être compensé. On demande l'autonomie d'action", a réagi Jean-François Vigier sur ce sujet.
Dans tous les cas, "ce ne sera pas la solution miracle", a réagi Plastics Europe, mettant en avant par exemple le fait que l'Espagne a réussi à optimiser la collecte en poussant à mettre les déchets plastiques dans "les bonnes poubelles" pour optimiser le recyclage.
Aujourd'hui plus de la moitié des déchets plastiques français sont "encore jetés dans la mauvaise poubelle et sont perdus pour l’économie circulaire", a aussi affirmé l'association.
(Z.Nkosi--TPT)