The Peninsula Times - Sur les rives de la mer Noire, un village bulgare face aux répercussions de la guerre en Ukraine

Johannesburg -
Sur les rives de la mer Noire, un village bulgare face aux répercussions de la guerre en Ukraine
Sur les rives de la mer Noire, un village bulgare face aux répercussions de la guerre en Ukraine / Photo: Nikolay DOYCHINOV - AFP

Sur les rives de la mer Noire, un village bulgare face aux répercussions de la guerre en Ukraine

Certains affirment avoir entendu une détonation dans la nuit. D'autres jugent cela impossible, tant la mer était bruyante et agitée.

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Une chose est sûre : après une série d'attaques de drones contre des navires au large des côtes bulgares, les habitants de Krapets, sur la mer Noire, ressentent désormais les répercussions de la guerre en Ukraine, plus de quatre ans et demi après le début de l'invasion russe.

"Je me couche généralement tard. Vers 01H00 ou 01H30 du matin, j'ai entendu une détonation. Mais je n'y ai pas prêté attention", raconte Stefan Irinkov, 82 ans.

Ce n'est que le lendemain, le 14 octobre, qu'il a appris qu'un navire avait été touché par un drone au large du village.

Les 13 et 6 octobre, quatre navires marchands ont été touchés par des drones dans la zone économique exclusive de la Bulgarie, une première depuis le début de la guerre.

Deux ont sombré et 21 marins sont toujours portés disparus. L'un des navires, le "HS Dignity", battant pavillon de la Guinée-Bissau, a été touché à 17 milles marins (27 kilomètres) au large de Krapets.

Seuls cinq des 16 membres de son équipage ont pu être secourus.

Quatre d'entre eux, trois Syriens et un Égyptien, ont été ramenés mardi soir au port de Varna par un navire des garde-frontières. Ils ont refusé de s'exprimer devant les médias.

- "On entre en guerre" -

"Qu'est-ce que je peux en penser ? On entre en guerre", lance M. Irinkov, occupé à tailler les plantes de son jardin.

Situé sur la côte nord de la mer Noire, à une dizaine de kilomètres de la frontière roumaine, Krapets compte à peine plus de 200 habitants permanents.

L'été, le village aux maisons basses entourées de potagers et d'arbres fruitiers attire les touristes avec ses sept kilomètres de plage de sable préservée, loin du bétonnage qui caractérise une grande partie du littoral bulgare.

"Il se passe des choses terribles, mais c'est plus au large", affirme Todorin Ibovski, 66 ans, chirurgien.

"Impossible d'entendre quoi que ce soit d'ici", estime-t-il.

La semaine dernière, le Premier ministre Roumen Radev, ancien pilote dans l'armée qui prône le dialogue avec Moscou, a exigé des "preuves concrètes" avant de désigner un responsable pour les frappes de drones. Il avait toutefois concédé que "le résultat penche vers la Russie".

- "Ce sont les Russes" -

Dans le pays membre de l'UE et de l'Otan, les sympathies prorusses demeurent présentes au sein d'une partie de la population.

"La Bulgarie est divisée en deux : ceux qui soutiennent la Russie et ceux qui soutiennent les grandes puissances. Ici, à Krapets, les gens ne peuvent pas considérer la Russie comme un agresseur", explique un autre habitant, Jivko Jeliazkov, 64 ans.

Mais "bien sûr que ce sont les Russes", dit-il. "C'est la guerre. Elle se rapproche."

"La guerre se fait sentir sur le plan économique. Tout a augmenté. La saison touristique a été très mauvaise. Les carburants ont augmenté, l'électricité aussi... Tout est cher", déplore-t-il.

Les attaques contre les navires civils et commerciaux se multiplient en mer Noire : 163 auraient été pris pour cible au cours des huit premiers mois de 2026, selon la Chambre de commerce maritime de Turquie.

Autrefois appelée "Pont-Euxin", ou "mer hospitalière", par les Grecs anciens, la mer Noire est devenue un théâtre d'opérations militaires de plus en plus intense, exposant davantage les pays riverains, notamment la Bulgarie, la Roumanie et la Turquie, aux répercussions de la guerre en Ukraine.

"La guerre se fait sentir depuis longtemps. Elle frappe à notre porte", estime Valeri Baronov, un entrepreneur de 71 ans originaire de Krapets. "La Bulgarie est une véritable passoire", affirme-t-il, ajoutant : "Notre seule protection, c'est notre appartenance à l'Otan."

Il affirme également n'avoir rien entendu des frappes. "Le bruit de la mer couvre tous les autres sons du large. Mais on attend de voir quels débris la mer va rejeter sur le rivage", dit-il, affirmant que tout l'été il a ramassé des débris de drones rejetés par la mer.

(G.Khumalo--TPT)