Coup d'arrêt en 2026 pour la croissance du trafic des aéroports de Paris
L'année 2026 devrait être celle d'un coup d'arrêt pour la croissance du trafic dans les aéroports de Paris-Charles-de-Gaulle et Paris-Orly, touchés par la crise du coût des carburants.
L'estimation est venue jeudi de Groupe ADP, gestionnaire de ces deux aéroports qui ont vu à eux seuls passer près de 107 millions de passagers en 2025, soit la moitié (51 %) du total en France.
Leur trafic devrait légèrement baisser cette année par rapport à 2025, a indiqué l'entreprise jeudi dans un communiqué, alors qu'elle tablait auparavant sur une hausse de 0,5 %.
Cette révision à la baisse semblait inévitable après un été 2026 décevant. Le trafic total était descendu à 20,2 millions de passagers en juillet et août, contre 20,6 millions sur les deux mêmes mois de l'année précédente.
2026 serait ainsi la première où ce trafic recule depuis 2020, année où la pandémie de Covid-19 avait fait chuter l'activité du transport aérien.
Cette fois, la perturbation a été d'une autre nature : la hausse brutale du coût du kérosène, consécutive à la guerre au Moyen-Orient. Elle a obligé les compagnies aériennes à augmenter le tarif des billets d'avion.
"Au mois de septembre, le trafic du groupe reste affecté par les effets de la hausse des prix des carburants, les ajustements de capacités des compagnies aériennes et par un environnement de demande moins favorable", a indiqué Groupe ADP dans un communiqué.
Pour autant, l'entreprise maintient ses prévisions de résultats financiers pour l'exercice 2026.
En juillet, elle avait indiqué tabler sur un excédent brut d'exploitation (EBITDA, un indicateur de rentabilité) hors éléments exceptionnels compris "dans une fourchette comprise entre 2,30 et 2,35 milliards d'euros", soit un niveau stable par rapport à 2025.
Groupe ADP indique désormais que cet indicateur devrait être "dans le bas de la fourchette", donc légèrement moins bonne qu'en 2025 (2,322 milliards d'euros).
- Débat fiscal -
Lors du seul mois de septembre, le trafic a progressé de 1,5 % sur un an à Roissy-Charles de Gaulle, à 6,224 millions de passagers. Il a reculé en revanche de 7,9 % à Orly, à 2,858 millions de passagers.
Cette baisse du trafic peut être perçue comme une relativement bonne nouvelle pour les riverains de ces aéroports ou pour les partisans d'une réduction du trafic des avions, un moyen de transport fortement consommateur de carburants d'origine fossile, qui contribuent au réchauffement climatique.
Une soixantaine d'opposants à l'expansion de l'aéroport Paris-Charles-de-Gaulle ont justement manifesté lundi devant le siège de Groupe ADP, appelant à abandonner un projet de modernisation "en contradiction complète" avec les objectifs climatiques de la France.
L'annonce est en revanche de moins bon augure pour l'activité économique et l'emploi d'une région qui mise fortement sur son attractivité internationale et son tourisme.
Roissy et Orly génèrent directement et indirectement près de 120.000 emplois en Île-de-France, selon une étude commandée par Groupe ADP en 2024.
L'activité des aéroports parisiens est aussi un indicateur de celle du premier employeur privé d'Île-de-France, le groupe Air France-KLM, lequel estime à 3,1 % la part de sa "contribution" au produit intérieur brut de la région.
Face au renchérissement des carburants, le secteur de l'aérien a passé les derniers mois à tenter de contenir ses autres coûts d'une part, et à plaider pour une fiscalité moins lourde d'autre part.
Groupe ADP a fait jeudi une allusion à ce débat. "Il est précisé que ces perspectives ne tenaient pas compte des éventuels effets de mesures du projet de loi de finances pour 2027 sur les résultats annuels 2026", écrit-il.
Le gouvernement souhaite alourdir l'an prochain la "taxe sur l'exploitation des infrastructures de transport de longue distance" (TEITLD), qui pèse sur les bénéfices des exploitants d'autoroutes et d'aéroports.
Groupe ADP est très directement concerné. Selon des chiffres révélés par le Scara, une organisation professionnelle qui regroupe neuf compagnies aériennes françaises (hors Air France), cette taxe avait déjà coûté à ce groupe 140 millions d'euros en 2025.
(M.VanZyl--TPT)