La Malaisie s'impatiente face aux incendies en Indonésie voisine
Fermetures
d'écoles et d'infrastructures sportives, distribution de masques : les fumées dégagées par les incendies en Indonésie provoquent une crise de pollution atmosphérique majeure dans la région, alimentant la frustration de pays voisins comme la Malaisie.
Les feux de forêt en Indonésie, "il faut les traiter comme les parias de la région", a déclaré avec virulence cette semaine le député malaisien Syed Saddiq Syed Abdul Rahman.
Ses propos traduisent la frustration croissante face à l'incapacité de l'Indonésie à maîtriser des incendies qui font rage depuis trois mois dans certaines régions.
"La Malaisie et l'Indonésie sont des voisins proches" mais "pourquoi les Malaisiens devraient-ils continuer à payer le prix d'actions irresponsables commises au-delà de nos frontières?", a déclaré à l'AFP la députée malaisienne Syerleena Abdul Rashid.
- "On ne voit rien" -
Dans le très fréquenté site touristique des grottes de Batu, un sanctuaire hindou majeur situé à environ 15 km au nord de Kuala Lumpur, visiteurs et employés s'impatientent également.
"On ne voit rien", lance le guide Diddy Hamidon, face au panorama voilé par le brouillard. "Le gouvernement indonésien doit faire ce qu'il faut".
Le président indonésien Prabowo Subianto a ordonné lundi au gouvernement de mobiliser tous ses moyens pour lutter contre les incendies.
La Malaisie, qui a dû fermer des écoles en raison des fumées qu'ils dégagent, a proposé son aide à son voisin pour lutter contre les feux de fôrets.
Cette offre n'a trouvé preneur que mercredi, selon le ministre des Affaires étrangères de la Malaisie, qui a expliqué que "la forme que prendra cette coopération dépendra de l'issue des discussions".
"Les autorités des deux pays ont, pour la première fois, entamé des discussions sur la manière dont nous pouvons travailler ensemble pour lutter contre le brouillard, qui semble s'aggraver", a-t-il souligné.
L'Indonésie lutte régulièrement contre des feux de forêt durant la saison sèche (généralement avril-octobre). Mais ils se sont intensifiés cette année en raison du puissant phénomène météorologique El Niño.
Les incendies ont ravagé des centaines de milliers d'hectares en Indonésie et provoqué de graves pics de pollution atmosphérique en Malaisie, à Singapour, aux Philippines et au Timor oriental, où les écoles ont dû fermer cette semaine.
- Réunion d'urgence -
Cette crise n'est pas la première à résulter d'incendies indonésiens. En 2002, les membres de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (Asean) avaient signé un accord sur la pollution transfrontalière due à la brume sèche.
Or dans les faits, s'il est juridiquement contraignant, il ne prévoit aucun mécanisme d'application.
Ainsi, par le passé, les initiatives de Singapour visant à engager la responsabilité juridique d'entreprises liées aux feux de forêt ont échoué.
La Malaisie a demandé à l'Asean de convoquer une réunion d'urgence pour discuter de la crise actuelle. Les Philippines, qui accueillent le mois prochain le sommet annuel, ont confirmé que la question figurerait à l'ordre du jour.
"Les pays membres de l'Asean sont tout à fait disposés à aider", a indiqué à l'AFP le député malaisien Hassan Abdul Karim, "à condition que l'Indonésie soit prête à mettre de côté son ego démesuré et sa fierté".
Des propos du directeur de l'agence de communication de Jakarta, Syahganda Nainggolan, ce weekend, ont encore attisé la colère des pays voisins.
"Nous n'envoyons pas seulement de la fumée (vers eux). L'oxygène de Singapour et de la Malaisie provient également de nos forêts", a-t-il lâché dans une vidéo rapidement devenue virale qui a provoqué de vives protestations.
La députée Syerleena Abdul Rashid a jugé ces propos "totalement déplacés", appelant à ce que les entreprises impliquées dans les incendies soient tenues pour responsables, qu'elles soient indonésiennes, malaisiennes ou singapouriennes.
"Ce que nous attendons de Jakarta, c'est davantage de transparence, une application plus stricte de la loi à l'encontre des entreprises responsables d'incendies illégaux, et une coopération plus étroite avec les pays voisins", a-t-elle dit.
(D.Khanyile--TPT)