Albanie : cinquième jour de manifestations et d'affrontements à Tirana
Des affrontements se sont poursuivis samedi pour le cinquième jour à Tirana où les manifestants exigent la démission du chef du gouvernement albanais et dénoncent les conditions d'enseignement et les droits d'inscription universitaires.
Quelques centaines de personnes, certaines masquées, se sont rassemblées vers midi devant le ministère de l'Éducation à Tirana, et les protestations se sont ensuite étendues à l'ensemble de la ville.
Au début de la manifestation, des protestataires ont mis le feu à une valise et l’ont jetée dans la cour du ministère de l’Éducation – signifiant par là qu’ils ne veulent pas quitter l’Albanie.
Les manifestants ont lancé des pierres sur la police et mis le feu à des poubelles, qu'ils ont utilisées comme barricades pour empêcher les forces de l'ordre d'avancer.
Pour la première fois depuis le début de ces manifestations, la police a aussi utilisé des balles en caoutchouc contre les protestataires, ont constaté des journalistes de l'AFP sur place.
Trois personnes ont été soignées pour des blessures à la tête, à l’œil et à la jambe, apparemment causées par des balles en caoutchouc, a indiqué à l'AFP Paula, qui avec d'autres jeunes a installé un poste de premiers secours provisoire dans un cabinet d’avocats.
La loi albanaise autorise la police à utiliser des balles en caoutchouc lors de manifestations uniquement dans des cas extrêmes.
"Aujourd’hui, pour la première fois depuis le début des manifestations, la police a utilisé des balles en caoutchouc — une mesure extrême, sachant qu’il y a parmi les manifestants des mineurs âgés de 16 à 17 ans", a déclaré à l’AFP l’étudiant en sport Redi Taku.
Après avoir enjoint les manifestants à "cesser les actes de violence" par des appels aux mégaphophones, les policiers ont aussi utilisé comme les autres jours des canons à eau et des gaz lacrymogènes pour disperser temporairement la foule, laissant les rues de Tirana couvertes d'une épaisse fumée.
Des manifestations violentes secouent Tirana depuis mardi, des milliers de protestataires réclamant le départ du Premier ministre Edi Rama.
- "La jeunesse s'est réveillée" -
En visitant des commerces endommagés lors des manifestations, le Premier ministre Edi Rama a affirmé qu’il "respecte les étudiants" et que "leur droit de protester doit être protégé et le sera".
"Les voix des jeunes et de chaque citoyen qui a pris part aux protestations aujourd'hui doivent être entendues et le seront", a dit M. Rama. Cependant, il a ajouté qu’il "ne permettra à personne de compromettre l’avenir de ce pays".
La veille, le dirigeant socialiste avait dénoncé la présence de "mains étrangères" derrière cette vague de protestation qui vise, selon lui, à entraver le projet d'adhésion de l'Albanie à l'Union européenne (UE).
Les médias locaux ont signalé de nouvelles manifestations dans la ville côtière de Durres, où des protestataires ont brisé les vitres du bureau de poste et bloqué les routes avec des barricades en feu.
Selon la police, dix personnes ont été arrêtées en lien avec les manifestations de vendredi, tandis que 22 procédures pénales ont été engagées.
Le ministère de la Santé a indiqué dans un communiqué que 25 personnes, dont neuf policiers, ont été légèrement blessées lors des affrontements à Tirana, Vlora et Lezha vendredi.
L'escalade de cette semaine intervient après des mois de manifestations antigouvernementales dans ce pays des Balkans, initialement déclenchées par un projet de complexe touristique controversé lié à la famille du président américain Donald Trump.
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(N.Davids--TPT)