The Peninsula Times - La France face aux stigmates d'un chaos "inédit"

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La France face aux stigmates d'un chaos "inédit"

La France face aux stigmates d'un chaos "inédit"

L'heure est au bilan et aux polémiques dimanche face au spectacle de désolation laissé dans les principales villes de France par le chaos qui a éclipsé samedi la mobilisation contre "la vie chère", à six mois de la présidentielle.

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La journée de contestation, au huitième anniversaire de l'émergence des gilets jaunes et après plusieurs semaines d'agitation lycéenne, s'est soldée par quelque 1.800 interpellations et plus de 500 blessés dans les rangs des forces de l'ordre, a annoncé le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez.

Le président de la République Emmanuel Macron s'adressera aux Français à 20h00, après avoir réuni ses principaux ministres à 17h30.

"Inédit", "jamais vu", les scènes de casse et de pillage de samedi ont été de l'avis général plus intenses et étendues que les émeutes de 2023, mais aussi que les journées d'action des gilets jaunes en 2018-2019.

En tout début de journée, comme ailleurs en France, des Lyonnais ébahis ont parcouru les rues commerçantes de leur ville, immortalisant les innombrables vitrines éventrées et les tas de débris au sol.

"C'était la guerre", raconte Jean-Christian, un commerçant qui s'est réfugié au fond de sa boutique d'ustensiles de cuisine lors du passage des casseurs. "C'était vraiment des animaux. On les a vus qui cassaient, des hommes remplis d'adrénaline".

Le mouvement a pris "une ampleur inédite partout en France", a déclaré le préfet du Rhône, Etienne Guyot, lors d'une visite des quartiers touchés.

A Marseille, devant la mairie envahie par des manifestants, deux voitures de police stationnent alors que des planches consolident la porte principale enfoncée la veille.

- L'alarme sonne encore -

Dans la seule ville de Paris, les forces de l'ordre ont interpellé 855 personnes, un "chiffre record", a annoncé la préfecture de police. Plus de 500 personnes (517) sont en garde à vue, dont 171 mineurs, selon le parquet de Paris, évoquant des interpellations jusqu'aux alentours de 6h00 du matin.

Dans le quartier République, épicentre des affrontements, l'alarme sonnait encore dans la matinée dans un magasin Marionnaud pillé. Plus loin, la vitrine éventrée d'un Darty était gardée par deux agents de sécurité et un chien muselé.

"Des rues entières ont été méthodiquement ravagées", a déploré le maire Emmanuel Grégoire (PS), alors qu'une polémique se fait jour autour de l'impuissance des forces de l'ordre.

La première adjointe au maire de Paris, Lamia El Aaraje, a déploré "un manque de moyens" policiers pour mettre un terme aux pillages.

Le maire de Marseille, Benoît Payan (DVG), a dès samedi "demandé des comptes". "Je veux savoir ce qui s'est passé. Je veux savoir pourquoi, dans cette ville, des gens ont pu impunément casser", a déclaré l'élu.

- Nuñez dans le viseur -

La patronne des Ecologistes, Marine Tondelier, a jugé que le ministre de l'Intérieur n'avait "pas d'autre issue" que la "démission", l'accusant d'avoir été "incapable de prévoir un dispositif adéquat" pour prévenir les violences.

Le Rassemblement national a également estimé que "dans une démocratie normale, Laurent Nuñez aurait déjà démissionné".

La présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet (Renaissance) a annoncé de son côté la création d'une commission d'enquête parlementaire sur les violences, qui portera aussi sur la stratégie de maintien de l'ordre, mise en cause par les oppositions et certains maires.

A Paris, une personne, qui manifestait est décédée à la suite d'un malaise, sans lien avec les violences, selon les autorités.

C'est "un miracle que le bilan ne soit pas plus lourd", a estimé le Premier ministre Sébastien Lecornu. Il a appelé La France insoumise, dont le leader Jean-Luc Mélenchon a été mis en cause pour son soutien au mouvement, a "choisir son camp" entre la République et les casseurs.

- Duel LFI-RN à distance -

Jean-Luc Mélenchon, qui a défilé dans les rues de Paris, a assuré que "ceux qui partagent" son combat "n'ont rien à faire dans le pillage, le saccage".

Il a accusé le Premier ministre d'avoir "joué avec le feu en comptant sur le pourrissement" de la situation.

À six mois de la présidentielle, la mobilisation sociale est plus que jamais un terrain d'affrontement entre Marine Le Pen et le chef de file de LFI, qui selon plusieurs sondages pourraient s'affronter au second tour.

- Lourd bilan -

Le bilan financier des dégradations "va être lourd", a prévenu M. Lecornu.

"Nous serons intransigeants, ceux qui cassent payeront, répareront et devront assumer leur responsabilité dans leur intention de semer le chaos", s'est engagé le ministre de l'Economie Roland Lescure.

La crise française n'est pas passée inaperçue à l'étranger: le vice-président américain JD Vance a estimé que l'immigration était responsable des violences de samedi.

A rebours de l'indignation générale, l'un des co-organisateurs de la journée de samedi a apporté son soutien aux "révoltes qui éclatent partout dans le pays".

"L'État et les multinationales écrasent jour après jour la vie de millions de personnes. La révolte contre cette violence est légitime", a estimé Benjamin Ball, éditeur du site 17octobregiletjaune.net.

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(C.Erasmus--TPT)